Salutatio

Conturbatio

Annuntiatio

Quomodo (Position fermé du retable)

Acceptatio

Chronique d’une Annonciation ratée 2018/19 (extraits)

Retable évolutif, assemblages d’images d’interventions volontaire, involontaire, ratée et de peintures de la renaissance.

 

1. SALUTATIO

    - « Sans exubérance, j’ai vu ce matin l’Annonciation dans une poubelle », Photographie, Lyon, 2018

 

2. CONTURBATIO

    - Intervention, Ballade de la porte de ma salle de bain dans la ligne 13 du métro. St Denis, 2018, Photographie S. Ferreira 

    - « L’Annonciation », 23,9x36,5cm Tempera sur bois, Sandro Botticelli, vers 1485

 

3. ANNUNTIATIO

    - Annuntiatio 1, Intervention ratée, Masque brulé sur mon visage, Petite ceinture (ancienne ligne de métro), Paris, 2019, Photographie N. Geoffroy 

    - Annuntiatio 2, Intervention, Silhouette en feu d’un corps. Petite ceinture (ancienne ligne de métro), Paris, 2019 

 

4. QUOMODO

    - Sans titre, Sculpture en terre, 2019

    - « L’adoration de l’agneau mystique » (élément central de l’Annonciation, retable fermé), Retable (polyptyque) Tempera sur bois, Jan et Hubert Van Eyck, 1432

    - Quomodo, Intervention non volontaire. Veste bloquée entre les portes du métro de la ligne 13. Paris 2019 (Photographie d’un inconnu) 

 

5. ACCEPTATIO

    - Photographie, Paris 2018

 

Chronique d’une Annonciation ratée est un projet de déplacement du regard, d’une multiplication de la vue, sa fuite, la tentative d’un passage possible, de voir à travers le regard intérieur d’un chrétien. En sommes d’y croire et de croire au miracle. La proposition tient conjointement de micros interventions spontanées dans le métro, extases, lubies et photographie de poubelle qui prolonge où font rupture à l’idée même, du contexte culturel et métaphysique de l’image des Annonciations. Tout outil de vision est un système de croyances, car en deçà de ce qui nous est montré à voir, c’est toute la part d’invisible, faite et défaite, annihilée ou célébré qui est en jeu. L’image est minée de conflit, elle est la perspective, aujourd’hui trop souvent affranchie, d’une croyance à un monde. Et en quel monde voulons-nous croire ? Le miracle est l’image du miracle. Une mécanique dans la substance magique des images.

Et si l’ange nous chuchote à l’oreille des sons inaudibles, les comprenons-nous? La marge est aussi un autre silence dans le silence.

 

 

Le mystère de l’incarnation est la substance du christianisme. Evénement mystique, cristallisé par la rencontre de l’ange Gabriel et la vierge Marie. Le verbe est amené à se faire chair. Communion érotique de l’invisible avec le visible. Accord charnel du matériel avec l’immatériel et tour de force de la représentation à la fois sublime et déformante. Vertigineuse substance présentée dans le tourbillon des images, impondérable figure maternelle couverte de son ombre.

Les civilisations pensaient que les images nous empêchaient de voir et que seul le regard intérieur nous ouvrait au divin; le christianisme prend un contre-pied métaphysique, change de médium au sacré en négociant l’image de Dieu : Rupture de la parole par l’image. Le génie du christianisme c’est l’image. C’est le divin dans la chair et la chair dans l’image. Car le thème pictural de l’Annonciation n’est pas moins le témoin de l’incarnation que l’incarnation même faite, est à jamais recommencé, de Dieu en Jésus. Aucun chrétien ne réfute le fils comme icône vivante de Dieu. Ils y voient le miracle, j’y vois un charnel, une apothéose esthétique, une tentative d’écrire dans la lumière. 

Affranchis des invisibles, nous devenons hermétiques à une théologie de l’image en les laissant disparaitre. Mais avons-nous gagné au change? La mondialisation est-elle une amnésie optique, une désingularisation qui épuisent les regards, qui les déchargent? La liturgie chrétienne est une autre forme de connaissance sous forme d’image. C’est une partie de l’héritage de l’histoire de la représentation. Survivante des crises iconoclastes et résultantes de nombreux conciles, l’image est un chant de guerre, figurer, défigurer, transfigurer.

Dans le silence des tableaux d’Annonciation, c’est tout un précepte scénographique, un corpus symbolique strict et récurrent qui est à l’oeuvre, ainsi qu’un terrain d’expérimentation historique et privilégié pour la perspective, toujours commencer et recommencer. La perspective n’est peut-être pas tant le souci d’un plus de réalité dans la représentation, que l’enjeu sémantique de se représenter, se penser et d’être au monde. Du sens dans la forme. L’érectilité du regard vers son sujet : la profondeur. Et le retour du sujet qui vient pénétrer le regard. Un levier qui appuie sur nos mécanismes de croyance. Et qui fait apparaître comme dans l’expérience de l’anamorphose, sur un point précis à l’origine, une ordonnée et une abscisse qui éclipse le chaos et la confusion. Recherche du point précis, dans la ligne de fuite, de cet instant d’avant le monde, la tentative d’un regard unique, celui du créateur. Un hors-champ devenu direction intercessrice dans l’image, d’un absolue. La perspective est fondamentalement théologique, un pari de la représentation devant et derrière l’image, transcendante.

 

Comment la représentation d’une Annonciation peut-elle être réussite, ratée ou juste? 

Il n’en est pas. Elle est.

André Guiboux ©